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Prévalence de Giardia duodenalis chez les agneaux en Poitou-Charentes et dans le bassin de Roquefort.

Lectures : 94319 octobre 2015

La giardiose à Giardia duodenalis est une protozoose très répandue, aussi bien chez l’Homme que dans le monde animal. Chez les ruminants, elle est responsable de diarrhées graisseuses intermittentes et de pertes de poids.

Deux études ont été mises en place pour déterminer la prévalence de troupeau et la prévalence individuelle en atelier d’engraissement d’agneaux en France. Dans 20 élevages, 15 agneaux âgés de 30 à 80 jours ont été prélevés. La recherche de G. duodenalis a été réalisée avec la technique de Bailenger.

Des kystes de Giardia duodenalis ont été mis en évidence dans la quasi-totalité des élevages sélectionnés (9 sur 10 et 10 sur 10 selon les régions d’étude). Au niveau individuel, 26% et 33% des agneaux prélevés excrétaient des kystes dans les études 1 et 2 respectivement.

Au vu de la prévalence de l’excrétion chez ces jeunes animaux et des conséquences zootechniques possibles de l’infestation, il convient de s’interroger sur la nécessité d’un traitement curatif ou préventif.

Prevalence-GD-agneau-265


Giardia duodenalis est un protozoaire flagellé à l’origine d’infestations intestinales pouvant avoir des conséquences cliniques chez les humains et chez les animaux domestiques, principalement les carnivores et les ruminants. Chez ces derniers, il est à l’origine de diarrhées variables, peu marquées à sévères, intermittentes et graisseuses, (Adam, 2001) s’accompagnant parfois de pertes de poids (Aloisio, 2006 ; Geurden, 2010 ; Olson, 1995).

L’âge des animaux semble être un facteur de risque important, les jeunes animaux étant plus sensibles à l’infestation que les adultes. Cependant il a été montré que les adultes, le plus souvent porteurs asymptomatiques, pouvaient constituer une source d’infestation pour les animaux plus jeunes (Bomfim, 2005). L’alimentation et surtout l’eau de boisson sont deux autres sources de contamination non négligeables (Legoupil, 2012).

La giardiose humaine est la protozoose intestinale la plus répandue dans le monde (Magne, 1997, repris par Favennec, 2006). Chez l’adulte, la prévalence clinique varie de 2 à 7.5% dans les pays industrialisés à 12 à 30% dans les pays en voie de développement (Capelli, 2003 ; Learmonth, 2003 ; Kang, 1998, repris par Favennec, 2006). Chez l’enfant, dans les pays industrialisés, la prévalence clinique varie de 7 à 25% et de 25% au Gabon à 76% en Inde et dans les pays en voie de développement (Read, 2002 ; Rodriguez-Hernandez, 1996 ; Althuki, 1993 ; Gendrel, 2003, repris par Favennec, 2006).

En élevage bovin, plusieurs travaux de thèse mettent en évidence des prévalences d’élevage élevées de Giardia duodenalis, 78.8% dans une étude sur les veaux allaitants en Auvergne (32.6% chez leurs mères) (Huvelin, 2004), 68.9% en veaux laitiers et 91.8% en atelier de veaux de boucherie en Pays de la Loire (Trullard, 2002).

La prévalence de ce parasite est également décrite à plusieurs reprises dans la littérature pour l’espèce caprine et pour l’espèce ovine (Cf. tableaux 1 et 2).

Synthèse bibliographique des prévalences individuelle et de troupeau
de la giardiose caprine

tableau1-prevalence-GD-530


tableau2-prevalence-GD-530tableau2bis-prevalence-GD-530

L’objectif de ces deux études était de déterminer la prévalence individuelle et la prévalence d’élevage (épidémiologique) de Giardia duodenalis chez des agneaux/agnelles âgés de 30 à 80 jours dans deux clientèles françaises, et de confronter les résultats aux travaux déjà réalisés.

Matériels et Méthodes

Méthode de prélèvement

Les deux études se sont déroulées, pour la première en bassin de Roquefort et pour la seconde en région Poitou-Charentes, dans une population cible constituée d’ateliers d’engraissement d’agneaux.
Pour les besoins des enquêtes et en tenant compte des fortes prévalences de troupeaux enregistrées dans les études publiées dans la littérature, 10 élevages par étude ont été recrutés aléatoirement puis sondés, en admettant une erreur relative de 30% et un risque de 5%. Pour être sûr de détecter une prévalence individuelle supérieure à 20%, il était nécessaire de prélever 15 agneaux par élevage parmi la population cible des agneaux âgées de 30 à 80 jours.

La période de prélèvement s’est étalée du 5 mars au 30 juin 2012 pour la première étude et du 1er septembre au 31 décembre 2012 pour la seconde. Les matières fécales ont été prélevées directement dans le rectum des animaux recrutés aléatoirement, après stimulation avec un thermomètre, puis déposées dans un pot à coproscopie d’un volume de 30 ml. Les prélèvements étaient envoyés le jour même, sous couvert du froid positif et par transporteur, au service de parasitologie du CHU C. Nicolle à Rouen (76).


Analyse des prélèvements

Les prélèvements ont été analysés selon la méthode de Bailenger. Un gramme de selles est homogénéisé dans 3 ml de solution de Bailenger (15 g d'acétate de sodium, 3 ml d'acide acétique, eau distillée qsp 1 litre). Après sédimentation spontanée en 1 à 2 minutes, la préparation est aspirée à l'aide d'une pipette de petit diamètre (200 μm), afin d'éliminer les gros débris, et transférée dans un tube conique dans lequel on rajoute 2,5 ml de solution de Bailenger et 2,5 ml d'éther.

Après agitation pour obtenir une émulsion, le tube est centrifugé 4 mn à 1000 tours/minute. Le surnageant est éliminé par retournement et le culot de centrifugation observé au microscope au grossissement x500 à la recherche de kystes de G. duodenalis.

Résultats

Etude 1

Le protozoaire a été mis en évidence dans 9 des 10 bâtiments d’engraissement d’agneaux de Roquefort recrutés pour les besoins de l’étude ; la prévalence d’élevage est donc de 90% (Graphique 1).
Sur les 150 agneaux prélevés, 34 (23%) se sont révélés être excréteurs de kystes de Giardia duodenalis (Graphique 1).

Cette prévalence individuelle est très variable d’un élevage à l’autre puisque, par exemple, dans les élevages 5, 9 et 10, seulement 7% des agneaux (1 agneau sur 15 prélevés) excrètent alors que dans l’élevage 2, quasiment 1 agneau sur 2 (7 agneaux sur 15 prélevés, soit 47%) excrètent des kystes (Graphique 2).


Graphique 1 : Prévalences globales, individuelle et de troupeau, d’agneaux excréteurs de kystes de Giardia duodenalis dans le bassin de Roquefort

Graphe1-GD-500

Graphique 2 : Prévalence individuelle d’agneaux excréteurs de kystes
de Giardia duodenalis par élevage dans le bassin de Roquefort

Graphe2-GD-500


Etude 2

Le protozoaire a été mis en évidence dans les 10 fermes recrutées en région Poitou-Charentes pour les besoins de l’étude ; la prévalence d’élevage est donc de 100% (Graphique 3).

Sur les 150 agneaux prélevés, 49 (33%) se sont révélés être excréteurs de kystes de Giardia duodenalis (Graphique 3).

Cette prévalence individuelle est très variable d’un élevage à l’autre puisque, par exemple, dans les élevages 1 et 6, seulement 7% des agneaux (1 agneau sur 15 prélevés) excrètent alors que dans les élevages 7 et 8, 2 agneaux sur 3 (10 agneaux sur 15 prélevés, soit 67%) excrètent des kystes (Graphique 4).


Graphique 3 : 
Prévalences globales, individuelle et de troupeau, d’agneaux excréteurs de kystes de Giardia duodenalis en Poitou-Charentes.

Graphe3-GD-500

 

Graphique 4 : Prévalence individuelle d’agneaux excréteurs de kystes de Giardia duodenalis par élevage en Poitou Charentes.

Graphe4-GD-500

Discussion

Ces deux études montrent que Giardia duodenalis est présent dans 90% -bassin de Roquefort- et 100% -Poitou-Charentes- des ateliers d’engraissement ovins ciblés par l’enquête. Ces résultats sont cohérents avec les prévalences mises en évidence par Geurden et al., 2008 (100%), Castro-Hermida et al., 2007a (98%), Castro-Hermida et al., 2007b (92.1%) et Olson et al., 1997 (100%).

Les prévalences individuelles de Giardia mises en évidence dans notre travail sont respectivement de 23% et 33% pour l’étude 1 et l’étude 2. Ces résultats sont très cohérents avec ceux des autres études déjà réalisées : 57%, 19.2%, 25.5% et 33% pour Olson 1997, Castro-Hermida 2007b, Castro-Hermida 2007a et Geurden 2008 respectivement. Les faibles prévalences (6% d’agneaux excréteurs dans seulement 10% des élevages de l’enquête) mises en évidence par Roffet et al., 2005 en France s’expliquent par le jeune âge des agneaux de l’étude (4 à 21 jours d’âge) puisque l’objet principal de l’étude était de déterminer la prévalence de la cryptosporidiose. Les études concernant la recherche de la giardiose sont toujours effectuées sur des animaux d’au moins un mois, âge avant lequel la probabilité d’être excréteur est faible.

La giardiose est une parasitose très fréquent chez l’Homme et notamment dans les pays en voie de développement. Lorsqu’elle est aiguë, elle engendre une diarrhée qui se présente le plus souvent sous la forme de selles pâteuses et graisseuses avec stéatorrhée. Nausées et douleurs abdominales accompagnent fréquemment les épisodes diarrhéiques (Favennec, 2006).

Chez les ruminants, de nombreuses publications décrivent la clinique associée à la présence du parasite. Koudela et Vitovec (1998), décrivent la giardiose caprine suite à une infestation expérimentale par 3 000 000 kystes : diminution de l’appétit, selles peu moulées, léger abattement. Aloisio et al., 2006, décrivent un épisode naturel de giardiose chez des agneaux âgés de 30 à 90 jours : syndrome de malabsorption, perte de poids, anorexie, crottes peu moulées et d’odeur nauséabonde. L’ensemble des auteurs s’accorde à dire que les signes de la giardiose sont frustes et intermittents. Cette expression clinique très modérée est probablement à l’origine d’une sous-estimation de la présence de la giardiose en élevage ovin. La manifestation de pathologies intercurrentes cliniquement plus marquées masque sans doute également la présence de Giardia duodenalis.

Lorsqu’elle évolue sur un mode chronique, la giardiose humaine est souvent responsable d’un syndrome de malabsorption qui peut s’avérer sévère, particulièrement chez l’enfant, avec cassure de la courbe de poids. Elle occasionne alors une perte de poids qui peut atteindre 10 à 20% du poids corporel habituel (Lapierre, 1975 ; Lengerich, 1994 et Wolfe, 1990, repris par Favennec, 2006).

Récemment en santé animale, Geurden et al., 2010 ont montré qu’un traitement à base de fenbendazole à la dose de 15 mg/kg sur 3 jours consécutifs, d’une part, permettait de réduire significativement l’excrétion des veaux infestés expérimentalement par des kystes de Giardia duodenalis et d’autre part, améliorait la croissance par rapport à des animaux infestés non traités : sur une période de 4 semaines après le traitement, les veaux traités ont gagnés 2.86 kg par rapport aux veaux infestés non traités (différence significative, p < 0.03). Il y a quelques années, Olson et al., 1995 mettaient déjà en évidence que la giardiose avait un impact fort sur la croissance des agneaux.

Vingt-trois agneaux avaient été infestés expérimentalement par 106 kystes de Giardia à 6 semaines d’âge puis leur poids de carcasse à l’abattage avait été comparé à ceux de 24 agneaux témoins non infestés suite à une période d’engraissement de 11 semaines. Les agneaux non infestés avaient un meilleur poids carcasse (+ 1.3 kg pour un poids carcasse de 21.9 kg ; différence significative (p < 0.05)) et une tendance à une diminution de l’âge à l’abattage (121 jours contre 124 pour les agneaux infestés). Suite à une infestation expérimentale d’agneaux par 105 kystes de Giardia duodenalis, un traitement à base de fenbendazole à la dose de 15 mg/kg pendant 3 jours consécutifs permet de réduire significativement l’excrétion de kystes des agneaux traités (p < 0.001) (Geurden et al., 2011).

En résumé, l’importance de la giardiose tient essentiellement dans sa capacité à affecter les GMQ des jeunes animaux infestés. L’altération de la croissance est difficile à mesurer en élevage car elle est peu visible et éventuellement accompagnée de signes cliniques frustes et intermittents. Pourtant, au vu de la prévalence de la giardiose, il est probable qu’elle est régulièrement la cause de diminution des GMQ.

En production ovine, comme dans toute autre production, la croissance des jeunes animaux est primordiale. Les agneaux de bergerie doivent nécessairement atteindre des GMQ de 250 à 350 g pour être abattu après 80 à 130 jours d’élevage. De même les GMQ des agneaux d’herbe doivent se situer entre 200 à 300 g pour un abattage prévu aux alentours du 120ème jour d’élevage. Enfin, les agnelles de renouvellement doivent aussi avoir une croissance harmonieuse pour atteindre à l’âge souhaité les objectifs de poids à la mise à la reproduction (2/3 du poids adulte) ; une diminution de GMQ retardera l’âge à la puberté.

Envisager la présence de la giardiose dans un élevage où les GMQ ne sont pas ceux attendus, après avoir éliminé les autres causes possibles d’altération de la croissance, doit faire partie de la démarche diagnostique du vétérinaire praticien. Lorsqu’elle est mise en évidence, son traitement doit être associé à des mesures sanitaires (assainissement de la litière) et doit concerner l’ensemble des congénères pour limiter la recontamination du milieu extérieur par des animaux excréteurs porteurs sains.

Nous remercions l’ensemble des éleveurs qui ont participé à l’étude et le service de parasitologie du CHU C. Nicolle pour la réalisation des analyses coproscopiques.

 

Source : http://www.abc-eleveurs.net/elevages/dossiers/1520-prevalence-de-giardia-duodenalis-chez-les-agneaux-en-poitou-charentes-et-dans-le-bassin-de-roquefort

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